Lorsqu’on se retrouve au chômage et qu’un problème de santé survient, une question revient souvent : que vont devenir mes allocations ? Puis-je vraiment me mettre en arrêt maladie alors que je suis déjà demandeur d’emploi ? La réponse est oui, et ce droit est encadré par des règles précises que nous allons détailler ensemble dans cet article.
| 📋 Situation | 💰 Indemnisation | ⏱️ Démarches obligatoires | ✅ Points clés |
|---|---|---|---|
| Arrêt maladie pendant le chômage (≤15 jours) | Indemnités journalières CPAM (50% du salaire journalier de base) après 3 jours de carence | Envoi arrêt CPAM sous 48h • Déclaration France Travail sous 72h • Indiquer « M » sur carte de contrôle | ARE suspendue, pas supprimée • Jours reportés • Baisse de revenus fréquente |
| Arrêt maladie pendant le chômage (>15 jours) | Indemnités journalières CPAM (50% du salaire journalier de base) | Envoi arrêt CPAM sous 48h • Désinscription France Travail • Réinscription sous 5 jours après fin arrêt | Statut demandeur d’emploi suspendu • Droits ARE préservés et prolongés |
| Arrêt maladie avant fin de contrat | Indemnités journalières CPAM jusqu’à reprise | Attendre certificat de reprise • Inscription France Travail après guérison • Délai d’inscription prolongé | Pas d’inscription possible avant aptitude physique • Droits ARE conservés |
| Non-respect des obligations | Exclusion 4 semaines minimum • Remboursement des sommes indues | Respecter délais 48h (CPAM) et 72h (France Travail) | Sanctions possibles • Poursuites pénales dans les cas graves |
Oui, un chômeur peut bénéficier d’un arrêt maladie
Contrairement à une idée reçue, être inscrit à France Travail n’empêche absolument pas de tomber malade et d’être en arrêt de travail. Si vous êtes demandeur d’emploi et que votre état de santé nécessite un arrêt médical, vous avez parfaitement le droit de faire établir un arrêt maladie par votre médecin traitant.
Cependant, il faut comprendre que la nature de votre indemnisation va changer pendant cette période. En effet, pour percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), l’une des conditions principales est d’être physiquement apte à l’emploi et disponible pour rechercher un travail. Un arrêt maladie signifie donc que vous n’êtes temporairement plus en capacité de travailler.
Pour bénéficier d’indemnités pendant votre arrêt maladie en tant que chômeur, vous devez respecter certaines conditions :
- Être inscrit comme demandeur d’emploi et percevoir l’ARE, ou avoir été indemnisé par l’assurance chômage au cours des 12 derniers mois
- Avoir cessé votre activité salariée depuis moins de 12 mois
- Signaler votre arrêt dans les délais réglementaires
- Respecter les conditions fixées par votre caisse d’assurance maladie
Vos allocations chômage sont suspendues, pas supprimées
C’est une information rassurante : pendant votre arrêt maladie, vous ne perdez pas vos droits aux allocations chômage. Le versement de votre ARE est simplement suspendu temporairement, et cette période d’interruption viendra prolonger votre durée d’indemnisation initiale.
Prenons un exemple concret : Marie est inscrite à France Travail depuis le 1er janvier avec une durée d’indemnisation maximale de 6 mois, soit 182 jours. Le 15 février, elle tombe malade et se retrouve en arrêt pendant 20 jours. Durant ces 20 jours, son allocation chômage n’est pas versée. Mais au lieu de terminer son indemnisation le 30 juin, elle pourra désormais la percevoir jusqu’au 20 juillet, car les 20 jours d’arrêt sont venus prolonger sa période de droits.
Ce mécanisme garantit que votre capital de jours indemnisables reste intact. Vous ne perdez donc aucun jour d’allocation, ils sont simplement reportés.
C’est la Sécurité sociale qui prend le relais financier
Pendant votre arrêt maladie, ce n’est plus France Travail qui vous verse de l’argent, mais votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Vous percevez alors des indemnités journalières de la Sécurité sociale, dont le montant est calculé différemment des allocations chômage.
Ces indemnités journalières sont basées sur vos anciens salaires bruts, et non sur le montant de votre allocation chômage. Le calcul prend en compte la moyenne de vos salaires bruts des 3 derniers mois d’activité, ou sur 12 mois si votre activité n’était pas continue.
Le salaire de référence est plafonné à 1,4 fois le SMIC mensuel brut, soit environ 1996 euros maximum. Les indemnités journalières représentent ensuite 50% de ce salaire journalier de base, après un délai de carence de 3 jours.
Voici un exemple de calcul : si vos trois derniers salaires mensuels bruts s’élevaient à 2000 euros, le calcul sera le suivant :
- Salaire journalier de base : (2000 × 3) / 91,25 = environ 65,75 euros
- Indemnité journalière : 65,75 × 50% = 32,88 euros par jour (avant prélèvements sociaux et impôts)
Une baisse de revenus est généralement à prévoir
Il faut être honnête : dans la majorité des cas, passer des allocations chômage aux indemnités journalières de maladie entraîne une diminution de vos revenus. Cette baisse s’explique par la différence de mode de calcul entre les deux prestations.
L’allocation chômage (ARE) représente généralement environ 57% de votre salaire journalier de référence, avec des majorations possibles et un taux qui peut atteindre jusqu’à 75% dans certains cas. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale, elles, sont fixées à 50% du salaire journalier de base, sans les mêmes mécanismes de rattrapage.
Cette différence peut représenter plusieurs dizaines d’euros par jour, ce qui devient significatif sur une période d’arrêt prolongée. Il est donc important d’anticiper cette baisse dans votre budget pendant la durée de votre arrêt maladie.
Les démarches à accomplir dans les délais
Pour que tout se passe bien administrativement, vous devez respecter des délais stricts et informer les bons organismes de votre situation.
Auprès de votre caisse d’assurance maladie
Vous devez transmettre votre arrêt de travail (le volet 3 du formulaire) à votre CPAM ou CMSA dans les 48 heures suivant votre consultation médicale. C’est une condition indispensable pour que vos indemnités journalières puissent vous être versées.
Après un délai de carence de 3 jours, les indemnités journalières vous seront versées tous les 14 jours. Ces indemnités sont soumises à cotisations sociales et généralement à l’impôt sur le revenu.
Auprès de France Travail
Vous devez également déclarer votre situation à France Travail dans les 72 heures suivant le début de votre arrêt. Plusieurs moyens s’offrent à vous pour effectuer cette démarche :
- Via votre espace personnel sur le site internet de France Travail
- Par téléphone au 39 49
- Sur une borne disponible dans votre agence France Travail
Il est essentiel de mentionner la lettre « M » (pour maladie) dans les cases correspondantes de votre carte de contrôle, qu’elle soit papier ou électronique.
Cas particulier des arrêts de plus de 15 jours
Si votre arrêt maladie dure plus de 15 jours, la procédure est légèrement différente. Vous n’êtes plus considéré comme demandeur d’emploi pendant toute la durée de votre arrêt. À la fin de celui-ci, vous devrez vous réinscrire à France Travail dans les 5 jours calendaires (week-ends et jours fériés compris) pour reprendre le versement de votre ARE.
Pour un arrêt de 15 jours ou moins, vous pouvez rester inscrit comme demandeur d’emploi, même si le versement de votre allocation reste suspendu.
Vous étiez déjà malade avant de perdre votre emploi
Situation différente : vous étiez en arrêt maladie pendant votre période d’emploi, et votre contrat a pris fin pendant cet arrêt. Dans ce cas, vous ne pouvez pas immédiatement vous inscrire à France Travail et percevoir des allocations chômage.
L’aptitude physique à l’emploi est une condition obligatoire pour s’inscrire comme demandeur d’emploi. Vous devez donc attendre la fin de votre arrêt maladie et votre certificat de reprise du travail pour entamer les démarches d’inscription auprès de France Travail.
Pendant cette période d’attente, vous continuerez à percevoir les indemnités journalières de la Sécurité sociale, à condition d’avoir cessé votre activité salariée depuis moins de 12 mois et de respecter les conditions requises par votre caisse d’assurance maladie.
Point important : votre période d’arrêt maladie prolonge le délai pendant lequel vous pouvez vous inscrire pour faire valoir vos droits aux allocations chômage. Ce délai, initialement de 12 mois, est donc étendu de la durée de votre arrêt.
La protection sociale reste maintenue
Bonne nouvelle : votre couverture maladie, maternité, invalidité et décès est maintenue dans les mêmes conditions qu’avant la perte de votre emploi. Cette protection est essentielle et se poursuit automatiquement.
Elle peut être complétée par l’assurance complémentaire garantie par votre dernier employeur (dans le cadre de la portabilité des droits) ou par une complémentaire santé souscrite à titre personnel. Pensez à vérifier vos droits à la portabilité qui peuvent durer jusqu’à 12 mois après votre fin de contrat.
Les aides disponibles en cas de difficultés
Si votre arrêt maladie se prolonge ou entraîne des difficultés financières importantes, sachez qu’il existe plusieurs dispositifs d’aide auxquels vous pouvez prétendre.
Les aides de la CPAM
En cas de maladie de longue durée ou de difficultés financières liées à votre état de santé, vous pouvez solliciter des aides financières individuelles auprès de votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Ces aides sont étudiées au cas par cas selon votre situation personnelle.
La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH)
Si votre maladie entraîne un handicap durable qui réduit vos possibilités d’accès à l’emploi, vous pouvez demander la RQTH auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Cette reconnaissance ouvre droit à des dispositifs d’accompagnement renforcés, des formations adaptées et certains avantages sociaux.
L’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH)
Si votre maladie réduit durablement votre autonomie et sous conditions de ressources, vous pourriez bénéficier de l’AAH. Cette allocation garantit un minimum de ressources aux personnes en situation de handicap.
Le Revenu de Solidarité Active (RSA)
Si vous ne percevez plus d’allocations chômage ni d’indemnités journalières, vous pouvez demander le RSA auprès de votre Caisse d’Allocations Familiales (CAF) ou de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), sous conditions de ressources. Ce filet de sécurité permet d’assurer un revenu minimum dans les périodes difficiles.
Attention aux sanctions en cas de non-respect des obligations

Il est crucial de bien respecter toutes les obligations déclaratives. Le non-respect de ces formalités peut entraîner des sanctions importantes de la part de France Travail.
Si vous ne déclarez pas votre arrêt maladie dans les délais, ou si vous continuez à percevoir des allocations chômage alors que vous devriez recevoir des indemnités journalières, vous vous exposez à plusieurs risques :
- Une exclusion du droit aux allocations pendant 4 semaines au minimum
- Le remboursement des allocations perçues indûment
- Dans les cas les plus graves, des poursuites pénales avec amendes ou peines de prison
De même, toute modification de votre situation personnelle ou familiale doit être signalée rapidement à votre organisme de paiement. Un changement dans votre foyer (conjoint qui commence à travailler, enfant qui devient chômeur, cohabitation avec un indépendant) peut modifier votre statut d’indemnisation et donc le montant de vos allocations.
Cas particulier de la contestation d’une décision d’aptitude
Il peut arriver que le médecin de votre mutuelle ou de l’INAMI décide que vous êtes apte à reprendre le travail, alors que vous ne vous sentez pas en état. Dans ce cas, vous disposez d’un recours.
Vous pouvez introduire un formulaire C6 via votre organisme de paiement et bénéficier d’allocations de chômage provisoires, à condition d’introduire simultanément un recours contre la décision d’aptitude auprès du tribunal du travail.
Ces allocations provisoires vous seront versées pendant toute la durée de la procédure judiciaire. Si le tribunal confirme que vous êtes apte au travail, les allocations provisoires vous resteront définitivement acquises. Si au contraire vous obtenez gain de cause et êtes reconnu inapte, les allocations provisoires seront récupérées auprès de votre mutuelle, qui vous versera les arriérés d’indemnités de maladie correspondants.
Reprendre le travail après un arrêt maladie
Lorsque votre arrêt maladie prend fin, plusieurs démarches sont nécessaires pour reprendre le cours normal de votre indemnisation chômage.
Si votre chômage a été interrompu pendant au moins 28 jours, vous devez introduire une nouvelle demande d’allocations auprès de votre organisme de paiement. Cette demande s’effectue généralement au moyen d’un formulaire C6 délivré et complété par votre mutuelle. Vous devrez également compléter une partie de ce document.
Si la durée totale de votre arrêt dépasse 4 semaines mais que la période de maladie n’atteint pas cette durée, il suffit d’introduire un formulaire C109 (déclaration personnelle de chômage) que vous aurez préalablement rempli.
Dans tous les cas où votre interruption dure plus de 4 semaines, vous devez également vous réinscrire comme demandeur d’emploi auprès du service régional compétent (FOREM, VDAB, ACTIRIS ou ADG selon votre région), sauf si vous bénéficiez d’une dispense de cette obligation.
N’oubliez pas de bien mentionner sur votre carte de contrôle le motif exact de l’interruption de votre chômage. Si l’interruption couvre un mois entier, vous n’avez pas besoin de conserver de carte de contrôle pour ce mois.
Tomber malade pendant une période de chômage n’est jamais une situation agréable, mais elle est parfaitement encadrée par la législation. L’essentiel est de bien comprendre vos droits, de respecter les délais de déclaration et de maintenir le dialogue avec les différents organismes concernés. Vos droits aux allocations chômage sont préservés et simplement reportés, ce qui vous permet de vous concentrer sur l’essentiel : votre rétablissement. En cas de doute sur votre situation personnelle, n’hésitez jamais à contacter directement votre conseiller France Travail ou votre organisme de paiement qui pourront vous guider précisément selon votre dossier.


