Vous êtes salarié en CDI et vous envisagez un abandon de poste, ou bien vous vous demandez ce que cette situation implique réellement ? Il s’agit d’une décision qui peut avoir des conséquences importantes sur votre avenir professionnel. Dans cet article, je vais vous expliquer en détail ce qu’est un abandon de poste, les risques encourus, et surtout répondre à la question que beaucoup se posent : peut-on toucher le chômage après un abandon de poste ?
| 📋 Situation | ⚖️ Conséquences juridiques | 💰 Impact financier | ✅ Alternatives recommandées |
|---|---|---|---|
| Abandon de poste en CDI (depuis déc. 2022) | Présomption de démission après mise en demeure et délai de 15 jours | ❌ Pas de chômage ❌ Perte indemnités de licenciement ❌ Pas d’indemnité de préavis |
Rupture conventionnelle (conserve le chômage + indemnités) |
| Licenciement pour faute grave (si employeur refuse la présomption) | Rupture du contrat pour faute | ✅ Droit au chômage ❌ Aucune indemnité de licenciement ❌ Pas de préavis |
Négocier avec l’employeur avant d’en arriver là |
| Employeur ne fait rien | Contrat suspendu indéfiniment (toujours lié à l’entreprise) | ❌ Aucun salaire ❌ Pas de chômage ⚠️ Impossible de signer ailleurs |
Solliciter une rupture conventionnelle rapidement |
| Réexamen après 121 jours de chômage | Possibilité de déblocage du chômage par instance paritaire | ⚠️ 4 mois sans revenus ✅ ARE à partir du 122ème jour (si accepté) |
Prouver recherches actives d’emploi pendant ces 4 mois |
Abandon de poste en CDI : oui, cela équivaut désormais à une démission
Depuis la loi du 21 décembre 2022, la donne a radicalement changé concernant l’abandon de poste. Auparavant, certains salariés utilisaient cette méthode dans l’espoir d’être licenciés et de bénéficier ainsi des allocations chômage. Aujourd’hui, l’abandon de poste est présumé être une démission selon l’article L. 1237-1-1 du Code du travail.
Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Si vous abandonnez votre poste et que votre employeur vous envoie une mise en demeure de reprendre le travail, vous disposez d’un délai minimum de 15 jours calendaires pour réagir. Si vous ne reprenez pas votre poste dans ce délai et que vous ne justifiez pas votre absence, vous serez automatiquement considéré comme démissionnaire.
Cette présomption de démission change tout : elle vous prive du droit aux allocations chômage, exactement comme si vous aviez démissionné de manière classique. L’abandon de poste n’est donc plus une solution pour quitter son emploi tout en conservant ses droits.
Qu’est-ce qu’un abandon de poste exactement
L’abandon de poste se caractérise par une absence injustifiée du salarié à son poste de travail. Cette situation peut prendre plusieurs formes :
- Vous quittez volontairement votre lieu de travail sans autorisation pendant vos horaires de travail
- Vous ne vous présentez plus du tout sur votre poste sans donner d’explication
- Vous cessez de venir travailler sans avoir prévenu votre employeur ni fourni de justificatif
Il est essentiel de distinguer l’abandon de poste de situations qui, elles, sont parfaitement légales et protégées par la loi. En effet, certaines absences ne constituent absolument pas un abandon de poste, même si vous n’êtes pas physiquement présent sur votre lieu de travail.
Les situations qui ne constituent pas un abandon de poste
Votre employeur ne peut pas considérer que vous avez abandonné votre poste dans les cas suivants :
- L’exercice du droit de retrait : si vous êtes confronté à un danger grave et imminent pour votre santé ou votre vie, vous avez le droit de vous retirer de cette situation sans sanction
- L’exercice du droit de grève : la grève est un droit constitutionnel qui nécessite trois conditions (arrêt total du travail, action collective et revendications professionnelles)
- La consultation médicale urgente : si votre état de santé justifie une consultation immédiate chez un médecin
- Le refus d’exécuter une instruction illégale : vous n’êtes pas tenu d’obéir à un ordre contraire à la réglementation
- Le refus d’une modification de votre contrat : si votre employeur modifie unilatéralement votre contrat et que vous le refusez
Les conséquences immédiates d’un abandon de poste
Dès que vous abandonnez votre poste, plusieurs conséquences s’appliquent automatiquement, et elles sont loin d’être favorables pour vous.
La suspension immédiate de votre rémunération
Premier effet direct : votre employeur cesse de vous payer. C’est logique puisque vous ne fournissez plus le travail prévu dans votre contrat. Votre contrat de travail est suspendu, ce qui signifie qu’il n’est pas rompu mais que toutes vos obligations (et celles de votre employeur) sont gelées temporairement.
Attention, cette suspension n’est pas une rupture : vous restez officiellement lié à votre entreprise, ce qui peut vous empêcher de signer un nouveau contrat ailleurs sans risquer des poursuites pour travail dissimulé.
La procédure de mise en demeure par l’employeur
Votre employeur dispose de deux options principales face à votre abandon de poste. Il peut choisir d’appliquer la nouvelle procédure de présomption de démission ou bien d’engager une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu’au licenciement.
Dans le cadre de la présomption de démission, voici ce qui se passe :
- Votre employeur vous envoie une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre
- Ce courrier vous demande de justifier votre absence et de reprendre votre poste
- Il vous accorde un délai qui ne peut être inférieur à 15 jours calendaires
- Il vous informe des conséquences si vous ne répondez pas : présomption de démission et perte du droit au chômage
Le délai commence à courir à partir du jour où la lettre recommandée vous est présentée par La Poste, ou du jour de la remise en main propre si vous choisissez cette option.
Abandon de poste et allocations chômage : la question cruciale
C’est LA question que tout le monde se pose : puis-je toucher le chômage après un abandon de poste ? La réponse est désormais très claire et malheureusement négative dans la grande majorité des cas.
Pourquoi vous ne toucherez pas le chômage
Depuis la réforme de décembre 2022, si vous ne répondez pas à la mise en demeure de votre employeur et que vous ne reprenez pas votre travail dans le délai imparti, vous êtes automatiquement considéré comme démissionnaire. Or, une démission ne donne pas droit aux allocations de France Travail (anciennement Pôle emploi), sauf cas très particuliers de démission légitime.
Votre employeur ne vous délivrera pas l’attestation employeur nécessaire pour percevoir le chômage, ou bien il la remplira en indiquant « démission » comme motif de rupture du contrat. Dans ce cas, France Travail rejettera automatiquement votre demande d’allocations.
Existe-t-il encore une possibilité d’obtenir le chômage
Techniquement, si votre employeur choisit de ne pas appliquer la procédure de présomption de démission et décide plutôt de vous licencier pour faute grave, vous pourriez prétendre aux allocations chômage. En effet, même un licenciement pour faute grave ouvre droit au chômage, contrairement à une démission.
Cependant, c’est un pari très risqué car :
- Vous ne maîtrisez pas le choix de votre employeur
- L’employeur peut très bien choisir la voie de la présomption de démission qui est plus simple pour lui
- Il peut aussi ne rien faire du tout, vous laissant dans un vide juridique sans salaire et sans possibilité de toucher le chômage
Dans tous les cas, même si vous êtes licencié pour faute grave, vous perdez toutes les indemnités de licenciement : pas d’indemnité légale de licenciement, pas d’indemnité compensatrice de préavis, et aucune indemnité supplémentaire prévue par votre convention collective.
Le réexamen de situation après 121 jours
Si vous êtes considéré comme démissionnaire, il existe une ultime possibilité : après 121 jours de chômage non indemnisé (soit environ 4 mois), vous pouvez demander à France Travail de réexaminer votre situation.
Une instance paritaire régionale étudiera alors votre dossier et vérifiera que :
- Vous remplissez toutes les conditions d’attribution de l’ARE (allocation de retour à l’emploi), hormis la condition de privation involontaire d’emploi
- Vous apportez la preuve de recherches actives d’emploi pendant ces 4 mois
- Vous avez éventuellement effectué des formations ou des reprises d’emploi de courte durée
Si votre demande est acceptée, vous commencerez à percevoir l’ARE à partir du 122ème jour de chômage. Mais attention, ces 4 mois sans revenus peuvent être financièrement très difficiles à tenir.
Les risques financiers et juridiques d’un abandon de poste
Au-delà de la perte du droit au chômage, l’abandon de poste peut vous coûter très cher financièrement et avoir des répercussions durables sur votre carrière.
Les indemnités que vous perdez définitivement
Que vous soyez considéré comme démissionnaire ou licencié pour faute grave suite à un abandon de poste, vous perdez systématiquement :
- L’indemnité légale de licenciement : cette somme calculée en fonction de votre ancienneté et de votre salaire
- L’indemnité compensatrice de préavis : vous ne percevrez rien au titre du préavis que vous n’exécutez pas
- Les indemnités conventionnelles : certaines conventions collectives prévoient des indemnités plus avantageuses que le minimum légal
- L’indemnité de fin de contrat pour les CDD : si vous êtes en CDD, vous ne toucherez pas la prime de précarité
En revanche, vous conservez vos droits aux congés payés non pris. Votre employeur doit obligatoirement vous verser l’indemnité compensatrice correspondante, quel que soit le motif de rupture de votre contrat.
Les sommes que votre employeur peut vous réclamer
Non seulement vous perdez des indemnités, mais votre employeur peut également se retourner contre vous et vous réclamer de l’argent. C’est particulièrement vrai si un préavis de démission s’applique à votre situation.
En effet, lorsque vous démissionnez (ou que vous êtes présumé démissionnaire), vous devez normalement effectuer un préavis dont la durée est fixée par votre convention collective ou votre contrat de travail. Si vous ne l’exécutez pas à cause de votre abandon de poste, l’employeur peut vous réclamer une indemnité compensatrice de préavis correspondant au salaire que vous auriez perçu si vous aviez travaillé pendant cette période.
Par ailleurs, si votre départ brutal cause un préjudice financier à l’entreprise (désorganisation du service, perte de clients, etc.), votre employeur peut également vous demander des dommages et intérêts. Il devra toutefois prouver la réalité et l’ampleur de ce préjudice devant le conseil de prud’hommes.
Que se passe-t-il si l’employeur ne fait rien
Voici une situation particulièrement inconfortable : votre employeur ne met pas en œuvre la procédure de présomption de démission et ne vous licencie pas non plus. Que se passe-t-il alors ?
Juridiquement, votre contrat de travail reste en vigueur. Vous êtes toujours salarié de l’entreprise, mais votre contrat est suspendu. Cette situation peut durer indéfiniment et vous place dans un véritable casse-tête :
- Vous ne percevez aucun salaire puisque vous ne travaillez pas
- Vous ne pouvez pas prétendre au chômage puisque votre contrat n’est pas rompu
- Vous ne pouvez pas signer un nouveau contrat de travail ailleurs sans risquer des poursuites
- Vous restez dans un flou juridique très préjudiciable
Face à cette situation, la meilleure solution consiste à solliciter une rupture conventionnelle de votre contrat de travail. Cette procédure à l’amiable vous permettrait de quitter votre emploi tout en conservant vos droits au chômage, à condition que votre employeur accepte de négocier.
Les alternatives intelligentes à l’abandon de poste
Si vous souhaitez vraiment quitter votre emploi, plusieurs options sont bien plus avantageuses qu’un abandon de poste. Examinons-les ensemble.
La rupture conventionnelle : la meilleure solution
La rupture conventionnelle est sans conteste la meilleure alternative à l’abandon de poste. Il s’agit d’une procédure qui permet à l’employeur et au salarié de convenir d’un commun accord de la rupture du contrat de travail.
Ses avantages sont nombreux :
- Vous conservez votre droit aux allocations chômage
- Vous percevez une indemnité de rupture conventionnelle au moins égale à l’indemnité légale de licenciement
- Vous pouvez négocier le montant de cette indemnité et la date de départ
- La procédure est encadrée et sécurisée juridiquement
- Vous quittez l’entreprise sans conflit
Bien sûr, cette solution nécessite l’accord de votre employeur. Mais il est souvent plus ouvert à cette discussion qu’on ne le pense, surtout si la relation de travail est dégradée.
La démission pour motif légitime
Dans certains cas très précis, vous pouvez démissionner tout en conservant vos droits au chômage. Ces situations de démission légitime sont strictement encadrées par la réglementation de France Travail :
- Démission pour suivre votre conjoint qui déménage pour des raisons professionnelles
- Démission d’une salariée victime de violences conjugales
- Démission pour non-paiement de salaire
- Démission pour actes délictueux de l’employeur
Si vous vous trouvez dans l’une de ces situations, la démission classique avec lettre de démission est préférable à l’abandon de poste, car elle vous permet de garder une attitude professionnelle tout en conservant vos droits.
La prise d’acte de la rupture du contrat
Si votre employeur commet des manquements graves à ses obligations (harcèlement, non-paiement du salaire, modification unilatérale du contrat, etc.), vous pouvez prendre acte de la rupture de votre contrat de travail.
Cette procédure consiste à rompre immédiatement votre contrat en reprochant à l’employeur ses fautes. Si le conseil de prud’hommes reconnaît que les manquements étaient suffisamment graves pour rendre impossible la poursuite du contrat, la rupture produira les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Vous aurez alors droit au chômage et à des indemnités.
En revanche, si les juges estiment que les manquements n’étaient pas suffisamment graves, la prise d’acte sera requalifiée en démission, avec toutes les conséquences négatives que cela implique.
Que faire si vous avez déjà abandonné votre poste

Vous avez déjà quitté votre poste et vous vous demandez maintenant comment limiter les dégâts ? Voici quelques conseils pratiques.
Si vous recevez une mise en demeure
Dès réception de la mise en demeure de votre employeur, vous avez plusieurs options selon votre situation personnelle :
Option 1 : Vous avez un motif légitime d’absence
Si vous étiez hospitalisé, si un proche est décédé, ou si vous aviez un autre motif légitime, répondez immédiatement à la mise en demeure en fournissant les justificatifs nécessaires (certificat médical, acte de décès, etc.). Cela stoppera la procédure de présomption de démission.
Option 2 : Vous souhaitez reprendre votre poste
Même après un abandon de poste, vous pouvez décider de reprendre le travail dans le délai imparti. Si vous le faites, vous ne serez pas considéré comme démissionnaire. Attention toutefois, votre employeur pourra toujours vous sanctionner disciplinairement pour l’absence injustifiée (avertissement, mise à pied, voire licenciement selon la gravité).
Option 3 : Vous ne souhaitez vraiment plus travailler dans cette entreprise
Contactez rapidement votre employeur pour proposer une rupture conventionnelle. Expliquez-lui que cette solution sera bénéfique pour les deux parties : vous pourrez partir dans de bonnes conditions, et il n’aura pas à gérer une procédure disciplinaire longue et complexe.
Contester la présomption de démission
Si vous estimez que la procédure de présomption de démission n’a pas été correctement suivie, ou que vous aviez un motif légitime d’absence que l’employeur refuse de reconnaître, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes.
Votre demande sera traitée en urgence dans un délai d’un mois. Vous devrez prouver soit que la procédure était irrégulière (délai inférieur à 15 jours par exemple), soit que votre absence était justifiée.
Si les juges vous donnent raison, la rupture du contrat sera requalifiée, potentiellement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ce qui vous donnerait droit à des indemnités et au chômage.
Les cas particuliers à connaître
L’abandon de poste en CDD
La procédure de présomption de démission ne s’applique pas aux CDD. Si vous abandonnez votre poste alors que vous êtes en contrat à durée déterminée, votre employeur ne peut pas vous considérer comme démissionnaire selon cette procédure.
En revanche, il peut toujours vous licencier pour faute grave, voire pour faute lourde selon les circonstances. Vous perdrez alors la prime de précarité et les indemnités de licenciement, et vous pourriez être condamné à verser des dommages et intérêts à l’employeur pour rupture anticipée du CDD.
L’abandon de poste pendant un arrêt maladie
Si vous êtes en arrêt de travail pour maladie et que vous ne reprenez pas votre poste à la fin de cet arrêt, la situation est différente. L’employeur devra d’abord vérifier auprès de la CPAM que l’arrêt est bien terminé et qu’aucun nouvel arrêt n’a été délivré.
De même, si vous abandonnez votre poste puis que vous vous faites prescrire un arrêt maladie, tout dépendra du moment de délivrance du certificat médical. Si l’arrêt couvre la période d’absence, il constitue une justification légitime qui bloque la présomption de démission.
La situation des salariés protégés
Les représentants du personnel et délégués syndicaux bénéficient d’une protection spéciale contre le licenciement. Toutefois, cette protection ne les empêche pas d’être sanctionnés pour abandon de poste, y compris par un licenciement, à condition que l’employeur obtienne l’autorisation préalable de l’inspection du travail.
La procédure de présomption de démission s’applique également aux salariés protégés, mais en cas de contestation, les juges seront particulièrement vigilants sur le respect de leurs droits.
L’abandon de poste n’est définitivement plus une stratégie viable pour quitter son emploi. Les réformes récentes ont fermé cette porte en assimilant l’abandon de poste à une démission pure et simple, avec toutes les conséquences financières que cela implique. Si vous êtes dans une situation professionnelle difficile, privilégiez toujours le dialogue avec votre employeur et les solutions légales comme la rupture conventionnelle. Ces alternatives vous permettront de partir dans de meilleures conditions, en conservant vos droits et votre dignité professionnelle. N’oubliez pas qu’en cas de doute, consulter un avocat spécialisé en droit du travail ou contacter votre inspection du travail peut vous éviter de commettre des erreurs aux conséquences durables.


